Aymen Amri | La censure en Tunisie

Il semble que l’histoire de la censure en Tunisie est ancienne et a commencé depuis l’époque du protectorat français durant laquelle la presse tunisienne était sous pression. Puis sous le président Habib Bourguiba, la répression qui n’a pas disparu, était douce, par contre, elle s’est transformée en une forme horrifiante sous le président Ben Ali… À un certain moment, les diverses formes d’oppressions sont devenus habituelles.

Avec l’évolution des médias, la censure et ses formes ont évolué. Internet – qui occupe l’une des places les plus importantes parmi les médias les plus influents – a été le sujet de formes malveillantes de blocage…
On a vu des sites ayant un poids mondial censurés, il est à rappeler que:

  • Facebook a été censuré à partir du 24 août 2008 pendant une période (je m’en rappelle plus).
  • Wikileaks (Après la censure de ce site Anonymous a contre-attaqué).
  • Wikipédia et tous les serveurs de Wikimedia Foundation n’étaient plus accessibles depuis la Tunisie du 23 au 27 novembre 2006.
  • Blip et Wat.tv ont été respectivement censurés le 22 et le 28 avril 2010.
  • Des sites comme Al Jazeera, Rue89, 20minutes, Le Post, Libération ont été bloqués
  • Ansi que YouTube et Dailymotion respectivement censurés le 3 septembre 2007 et le 2 novembre 2007.

La liste est longue, ce phénomène terrible a progressé vers d’autres sites et d’autres techniques tels que le phishing et le blocage sélectif d’URL des blogs des profils Facebook et  des comptes twitter, des articles de blogs et des pages de Wikipédia parlant de la censure étaient à leur tour censuré, le protocole SMTP ne marchait pas avec des logiciels de messagerie (tel que Thunderbird), des opérations de phishing sur Gmail et Facebook

Tout le monde a parlé de la politique du gouvernement envers les internautes (une recherche sur Google avec les termes « Censure Tunisie » affiche plus qu’un millions de résultats).

On a vu des blogueurs et des Tweeples agir, en fait, nous avons crée notre propre « champs lexical » et HashTag sur Twitter : Ammar, Sayeb Salah, Ammar404, Free404, MoezTHF, Nhar 3la 3ammar… etc.

On a vu des actions citoyennes comme le cyber-mouvement  Nhar 3la 3ammar ou SayebSalah. Je vais me contenter de ces deux exemples, parce que d’autres initiatives indépendantes existent.

Enfin, le combat a aboutit à des résultats :

Durant la mi-journée du lundi 16 août, 2010, nous avons appris que la censure imposée illégalement à des centaines de blogs et de sites tunisiens et étrangers a été levée mais temporairement. Les interprétations de ce qui s’est passé étaient contradictoires et restaient toujours obscures…

Le 2 janvier 2011, Anonymous commencent à recruter des hackers, des hacktivistes et des e-citoyens engagés pour #OpTunisia (Opération Tunisie).
Pendants les premiers jours du mois de janvier, le channel IRC #OpTunisia formait une vraie mosaïque de gens connectés des 5 continents du monde, je me rappelle avoir vu des mexicains, des brésiliens, des gens qui ne maîtrisent pas l’anglais, des tunisiens qui parlaient en notre dialecte, des bavards, des trolls et des motivateurs même avec parfois des idées différentes, le but était unique: faire le bras de fer avec Ammar, le censeur en chef de l’internet tunisien , l’ennemi d’Internet et surtout après le blocage de Wikileaks.

 

Le 3 janvier 2011, le site officiel du gouvernement, la majorité des sites web des ministères, mais aussi le site de la banque Zitouna sont indisponibles.

Do not attack censoring servers. This will take out the proxy and shut the entire country off from the internet. Drink plenty of beer ( belgian ones ) > This is an invitation to do eat 😀

C’était la première phrase d’un pad publique délaissé par quelques membres d’Anonymous sur lequel ont commencé à discuter une stratégie d’attaque sur des sites comme: ati.tn, bawaba.gov.tn, rcd.tn, benali.tn, carthage.tn…

Un point d’accord était de ne pas attaquer les serveurs de censure vu que la mise hors     fonction de ces derniers provoquera une coupure générale d’Internet…
Rappelez-vous que Ben Ali a beaucoup investi dans la censure, et le résultat : une architecture très centralisé où tout passe par l’ATI et par le filtrage… C’est inspirant pour les autres dictateurs, non?

Maintenant, on a l’impression de retourner à la case du départ concernant la censure et la neutralité du net: le 22 février prochain sera la date de l’annonce du jugement sur le filtrage des sites à caractère pornographique.

Dire que la révolution a marqué l’arrêt de la censure et du filtrage sur Internet après le 14 janvier, et parler d’un jugement de ce type après plus d’un an n’est qu’un recul clair dans les libertés acquises après le départ de Ben Ali.

Ce n’est que le point de retour au début, ça nous rappelle les scénarios de Ben Ali, on censurera d’autres sites encore et encore sous prétexte de vous protéger, et on censurera ensuite vos gueules… Le scénario est très possible.

Lorsqu’on sait très bien qu’il y a des outils informatiques libres et gratuits accessibles facilement à chaque parent voulant protéger ses enfants de la pornographie sur le web, et on remarque en même temps cette volonté à reprendre la censure, on ne peut que se douter des intentions cachées derrière ce filtrage.

Le monde connaît maintenant diverses tentatives de contrôle et de filtrage sur Internet. SOPA, ACTA, PIPA, HADOPI, LOPPSI sont quelques unes, et, je n’oublie pas Ammar404, un autre modèle de censure qui fonctionne sans lois claires mais disons qu’il improvise.

Dernièrement, le Maroc notre pays voisin, a signé ACTA, une HADOPI à l’international, voire pire. Pour ACTA, les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) doivent jouer le rôle de « la police d’internet ».
Ceci-dit qu’on exige aux fournisseurs d’accès à Internet de donner accès aux informations personnelles d’un internaute qui a tout simplement partagé ou téléchargé illégalement un contenu  (ceci se fait sans passer par la justice).

On pense que la Tunisie peut facilement signer cet accord parce qu’avec un parti ultralibéral à la tête du gouvernement, ceci devient très probable.

La censure n’a pas de loi, la censure est naturellement hors-la-loi… Comment peut-on appeler ces règles qui censurent le savoir et l’information des lois ? Non, désolé, mais le web est par défaut ‘open’, Internet est un réseau libre, basé sur des standards libres mais surtout ouvert et on ne voit pas ce réseau autrement.

En fait, le web se base principalement sur 4 axes :

La Liberté: la liberté de l’étude, la modification et la duplication en vue de la diffusion du contenu.

La Participation: n’importe qui peut y participer et innover sans demander forcément la permission.

La Décentralisation: l’architecture et le contrôle sont distribués, la centralisation nuit énormément à la neutralité du net.

La Générativité/Régénération: nous pouvons faire de nouvelles idées à partir des anciennes. Nous ne sommes donc pas de simples utilisateurs, nous consommons, c’est vrai, mais nous hackons et nous innovons pour produire également.

En gros c’est l’open web et c’est le web du logiciel libre, et comme le dit toujours Richard Stallman, le père spirituel du logiciel libre: « Le Logiciel Libre peut se résumer en trois mots : liberté, égalité, fraternité… En gros, tout ce que Sarkozy déteste ! ».

La liberté, l’égalité, la fraternité, ces valeurs ne viennent pas frapper à nos portes toutes seules, soit on est responsable et engagé pour une lutte contre les standards fermés, la censure, le monopole du savoir, et la fermeture en général, soit on ne l’est pas. La lutte de la société civile et de ses différentes composantes est essentielle.

Notre rôle est donc de lutter contre toute forme d’autorité imposée au sixième continent. Il semble que « protéger » les citoyens de la réalité et les priver du partage libre est à la mode, certains gouvernements se spécialisent dans ce domaine mais ils oublient que « Toute censure est stupide par essence puisqu’elle qualifie, précise, décuple les élans de la révolution qui la fera sauter. » *

* Citation de Jean-Marie Poupart (Extrait d’Angoisse play)

Aymen Amri

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Khaled Ben Noureddine Ezzaouia | Les maux des mots

Les mots sont bel et bien nos maux, car le sens que l’Humain s’évertue péniblement à leur donner est inévitablement altéré, inéluctablement mal saisi. Leur sens littéral n’en est qu’une chimère, une paresse et carence intellectuelles de la part de l »imbécile heureux » qui veut tout figer, tout fixer dans son propre espace et propre temps comme si la vie et l’existence devait s’arrêter à son propre vécu! Le refus d’admettre une vie après la sienne.

Les vrais mots sont surréalistes et croupissent dans le rêve et les tréfonds de l’Inconscient de celui qui n’a pas peur de plonger dans les abysses de l’être et d’aller tutoyer le Divin, où réside le Vrai sens, intact, pur comme le cristal, comme le Divin, intemporel, non contextuel. Se faisant, il aura cette chance de mourir en action et en devenir et ne point vivre figé comme ces montagnes qui auraient refusé la condition humaine de peur d’assumer l’existence! Quel choix! Quelle vie!

Le Conscient, cet acteur rationnel, perturbé par moult parasites émotionnels , pragmatiques , passe souvent voire toujours à côté du sens Originel pour le colorer de mille et une couleurs selon son état d’individu, de citoyen ou le deux à la fois, mais de ses intérêts aussi , incapable d’atteindre l’Humain en lui pour mieux cerner le divin sens et la raison d’être de l’humain, qui n’est point de vivre béatement en pantin mais de « devenir » constamment l’auto-dépassement voire même l’auto-suppression.

En ceci, c’est le degré zéro de la communication et les mots deviennent, autant pour le locuteur que l’interlocuteur des maux où l’on se débat inextricablement. Là, le sens vagabonde et erre, se perd à l’infini sans que l’on puisse affirmer qui de l’émetteur ou du récepteur à omis de faire sens! Et tant mieux qu’il en soit ainsi!

Il n’y a qu’un lecteur vaniteux qui croit avoir vraiment saisi le sens. Tout juste comme ce fanatique qui croit avoir été touché par la grâce d’un Dieu.

Khaled Ben Noureddine Ezzaouia

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